lundi 17 janvier 2011

Le sang païen revient


L'honnête homme, pour croiser sans trop de remous dans la modernité moderne, aura toujours sur lui un exemplaire d'Une saison en enfer. Pour démultiplier les propriétés de l'ouvrage, en rendre plus puissants les effets, il apprendra par coeur quelques passages, de sorte qu'il puisse soutenir une conversation entière en ne faisant que citer son livre de poche. On lui demande l'heure ? Il répondra que les vins vont aux plages et comprenne qui peut.
Qu'il n'hésite pas par ailleurs à se procurer un revolver, au cas où.

Mais trêve de glose savante :

Me voici sur une plage armoricaine. Que les villes s'allument dans le soir. Ma journée est faite ; je quitte l'Europe. L'air marin brûlera mes poumons ; les climats perdus me tanneront. Nager, broyer l'herbe, chasser, fumer surtout ; boire des liqueurs fortes comme du métal bouillant, - comme faisaient ces chers ancêtres autour des feux.
Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l'oeil furieux : sur mon masque, on me jugera d'une race forte. J'aurai de l'or : je serai oisif et brutal. Les femmes soignent ces féroces infirmes retour des pays chauds. Je serai mêlé aux affaires politiques. Sauvé.
Maintenant je suis maudit, j'ai horreur de la patrie. Le meilleur, c'est un sommeil bien ivre, sur la grève.


Arthur Rimbaud, "Mauvais sang", in Une saison en enfer, Flammarion, 1989, p. 109 .

dimanche 9 janvier 2011

Préhistoire des créa-culs


Ou pourquoi (et à quel point) Christophe Barbier est un pâle haricot-vert.

L'honnête homme démissionnera de son ridicule emploi chez Moltonel, s'inscrira au chômage et se consacrera à temps complet à la littérature de Georges Perec. L'extrait ci-après, sans contredit, devrait suffire à l'y pousser.

L'Express était sans doute l'hebdomadaire dont ils faisaient le plus grand cas. Ils ne l'aimaient guère, à vrai dire, mais ils l'achetaient, ou, en tout cas, l'empruntant chez l'un ou chez l'autre, le lisaient régulièrement, et même, ils l'avouaient, ils en conservaient fréquemment de vieux numéros. Il leur arrivait plus que souvent de n'être pas d'accord avec sa ligne politique (un jour de saine colère, ils avaient écrit un court pamphlet sur "le style du Lieutenant") et ils préféraient de loin les analyses du Monde, auquel ils étaient unanimement fidèles, ou même les prises de position de Libération, qu'ils avaient tendance à trouver sympathique. Mais l'Express, et lui seul, correspondait à leur art de vivre ; ils retrouvaient en lui, chaque semaine, même s'ils pouvaient à bon droit les juger travesties et dénaturées, les préoccupations les plus courantes de leur vie de tous les jours.


Georges Perec, Les choses, Julliard, 1965, p. 45 .

vendredi 24 décembre 2010

En forme de poire

Il est un snobisme purulent qui relègue Erik Satie à l'avant-dernier rang, juste devant Clayderman Richard et Rieu André. Idiotie complète. Pour être, c'est ce qu'on lui reproche le plus souvent, minimaliste, le travail de Satie n'en est pas moins savant, puissamment novateur, et, ce qui à nos yeux le consacre pour de bon, tendu vers un universel que seul Passeron Jean-Claude oserait concéder à Rieu André ou Clayderman Richard.

Surréaliste un peu avant l'heure, en attestent ses écrits, les titres de ses morceaux et les notes délirantes apposées sur ses partitions (le fameux "postulez en vous-même" ...), Satie est parlant tout en ne versant, à y bien regarder, jamais dans le vulgaire.

Soit exactement ce qui fait que certains durent et d'autres pas.

mercredi 22 décembre 2010

Rossini, Liszt, ... De Funès

L'honnête homme considérera l'incroyable capacité de l'ami Franz Liszt à retranscrire les oeuvres pour orchestre. Ici, la fameuse "Danza" qui était, pour les grands cinéphiles d'entre nos lecteurs, précisément la musique sur laquelle ce bon Louis De Funès réparait sa voiture dans Le corniaud, chef-d'oeuvre s'il en est.

La version orchestrale, donc, suivie de la pianistiquerie de Lizst. A couper le souffle, pour tout dire.



jeudi 9 décembre 2010

Joyeuses fêtes


"Il rentra chez lui un peu avant onze heures pour réveillonner avec du pain et une poignée de figues sèches. Il était d'une très sombre humeur. Depuis longtemps déjà, il affectait de rentrer tôt dans cette nuit où le troupeau avait licence de noctambuler. Il détestait ce piétinement grégaire, ces chansons d'ivrognes ou ces dégoisades de mauvais opéra qui souillaient les ténèbres, et l'hypocrite obscénité de ces ripailles universelles, de ces saoulographies, de ces pinographies que la chafouine Eglise était bien contrainte de tolérer, puisqu'il ne restait plus rien, hors cette ordure, pour rappeler ici-bas la naissance d'un Dieu.
- Scheisse ! Vraiment la seule nuit de l'année où il convienne de se coucher de bonne heure. Il devrait être interdit de fêter Noël, passé douze ans."


Lucien Rebatet, Les deux étendards, Gallimard, 1951, p. 805 .

lundi 6 décembre 2010

En vacances


"Une salle à manger de petit hôtel montagnard, après deux mois de saison, justifie à merveille la zoologie unanimiste de Jules Romain. Jamais on ne se sent plus étranger que lorsqu'on pénètre ainsi à l'improviste dans une petite communauté qui demain se défera, mais est devenue pour quelques semaines étroitement solidaire dans sa lutte contre le même ennui. Michel avait flairé dès la porte une de ses bêtes noires, le bourgeois en vacances. Quand l'univers est à découvrir, quand il y a l'Espagne, le Spitzberg, la Grèce, quand les fresques d'Italie et les aurores boréales sont à la portée d'un étudiant économe, ce bestiau vient s'entasser pendant deux mois entre les mules et les vaches d'un hameau perdu, sans même y être contraint par l'état de ses poumons, par simple absence d'imagination. (...)"


Lucien Rebatet, Les deux étendards, Gallimard, 1951, p. 581 .

mercredi 1 décembre 2010

Contre l'idiome bâtard


L'honnête homme, sans perdre une minute, se précipitera sur le Monde Diplomatique de ce mois de décembre. Il y trouvera à la page 27 un article épatant de Gaston Pellet intitulé "Les élites sacrifient la langue française". Ce que nous, amiral de France, nous égosillons à hurler partout, tout le temps, mais en mieux dit.