Affichage des articles dont le libellé est citatiomanie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est citatiomanie. Afficher tous les articles

jeudi 3 mai 2012

Symétrie axiale

"(...) à propos des électeurs FN qu’il lui incombe de reconquérir, même la gauche (la vraie gauche) commence à donner des signes de fatigue intellectuelle. En témoignent les refus exaspérés d’entendre seulement dire « la France qui souffre ». Assez de la souffrance sociale ! et retour aux explications simples et vraies : ce sont des salauds de racistes. Dans une parfaite symétrie formelle avec la droite qui, en matière de délinquance, refuse les « excuses sociologiques », d’ailleurs tristement suivie par la (fausse) gauche depuis un sombre colloque de Villepinte en 1997 (à chaque terme socialiste ses abandons…), voilà qu’une partie de la (vraie) gauche, en matière de vote FN, ne veut plus de « l’alibi » de la souffrance sociale. Cette commune erreur, qui consiste à ne pas faire la différence entre deux opérations intellectuelles aussi hétérogènes que expliquer et justifier (et par suite « excuser »), finit inévitablement en le même catastrophique lieu de l’imputation d’essence, seul énoncé demeurant disponible quand on s’est privé de toute analyse par les causes. Les délinquants seront alors la simple figure du mal, n’appelant par conséquent d’autre réponse que la répression. Quant aux électeurs de l’extrême droite, ils sont donc « des salauds », appelant… quoi d’ailleurs ? La colonie lunaire ? Au déplaisir général sans doute, il faudra pourtant faire avec eux."
Frédéric Lordon, "Front national : mêmes causes, mêmes effets", Le Monde diplomatique, mai 2012

vendredi 13 avril 2012

Vieux capitaine...


"Il vit arriver sur lui le phare, un miroir, qui se multipliait à l'infini. Il ne bougea pas. Résistait la mémoire et s'éparpillait l'homme et s'agrandissait le silence à mesure qu'il ne s'effrayait plus.

Rouge et noir au fond le Carnaval roulait ses caisses, manoeuvrait ses troupes évidemment grotesques et prêtes à jurer sur de nouveaux cimetières."


Dominique de Roux, L'Harmonika-Zug, La Table Ronde, 1963, p. 156

jeudi 12 avril 2012

Etrangement dépourvu de roues


"Dans chaque maison, des deux côtés de la chaussée, brille la lampe dorée du living-room où l'écran de télévision met une tâche bleutée. Chaque famille regarde religieusement le même spectacle. Personne ne parle. Les cours sont silencieuses. Seuls quelques chiens aboient, étonnés d'entendre les pas d'un homme, étrangement dépourvu de roues. (...) Je ne dirai q'un seul mot à ces amateurs de télévision, à ces millions, à ces dizaine de millions d'hommes qui ne voient plus que par un seul oeil : ils ne font certes aucun mal à leur prochain en se servant de cet oeil unique ; mais Japhy non plus ne faisait de mal à personne... je l'imagine, errant, sac au dos, dans les rues d'une quelconque banlieue, apercevant tous ces écrans bleutés, tout seul, seul avec des pensées qui ne lui sont pas venues au moment où il a tourné un bouton."


Jack Kerouac, Les clochards célestes, Gallimard, 1963 (trad.), pp. 160-161

Clair, vivant et précis



"Sans l'effort obstiné de chacun pour s'approprier réellement sa langue maternelle (autrement dit, pour devenir le véritable sujet de son propre discours), nous serions (...) condamnés, estimait Orwell, à subir la loi des mots existants, c'est à dire, en dernière instance, à demeurer prisonniers du langage préfabriqué de l'idéologie dominante (qu'il prenne la forme du jargon des économistes ou celle de de ce "langage des cités" qui fascine tellement la bourgeoisie universitaire moderne). La "novlangue" (...) ne constitue, de ce point de vue, que le passage à la limite d'une situation qui existe déjà : l'idéal, en somme, d'une langue intégralement idéologique (ou "politiquement correcte") dont la syntaxe et le lexique obligeraient en permanence ses locuteurs à s'absenter d'eux-mêmes ("les bruits appropriés qui sortent du larynx" mais sans passer par le cerveau) et qui rendrait ainsi inutile l'existence même d'une police de la pensée. C'est pourquoi le simple souci d'enrichir son vocabulaire et de parler une langue claire, vivante et précise constituait déjà, pour Orwell, un acte de résistance politique quotidienne."

Jean-Claude Michéa, Le complexe d'Orphée, Climats, 2011, p. 223

"De droite", et traditionalistes...


"Dans sa rhétorique et ses promesses électorales, un parti de droite n'hésitera jamais à défendre la famille ou la religion (laissant à la gauche moderne le soin de développer, à ses risques et périls, le vrai point de vue libéral sur la question). Mais, dès qu'il s'agit de passer à l'acte, elle hésitera encore moins à étendre au jour du Seigneur lui-même (ou, si l'on préfère, au jour de la famille) le droit d'exploiter son prochain. Toute la question est donc de savoir si on doit juger la philosophie réelle d'un parti de droite sur sa seule rhétorique électorale (l'universitaire de gauche s'en tient généralement là) ou, au contraire, sur la politique concrète qu'il applique sans phrase une fois parvenu au pouvoir. Dans une société libérale développée, c'est en effet aux universitaires de gauche qu'il incombe de fournir la véritable bande-son des modernisations capitalistes, c'est-à-dire de jouer les idiots-utiles du système, en revendiquant à voix haute (Foucault et Deleuze à l'appui) ce que la droite met silencieusement en pratique sous le masque hypocrite d'un discours "conservateur"."


Jean-Claude Michéa, Le complexe d'Orphée, Climats, 2011, pp. 156-157

"De droite", et patriotes...


"Lorsque les politiciens libéraux refusent de limiter les profits indécents des grands patrons ou des grands actionnaires modernes, c'est généralement en faisant valoir qu'une telle politique conduirait automatiquement ces derniers à s'expatrier vers ces heureux pays où règne le "mieux-disant fiscal". C'est donc reconnaître implicitement qu'un homme d'affaires libéral digne de ce nom ne saurait avoir d'obligations "morales" qu'envers ses seuls comptes offshore, et que l'appel des partis de droite à défendre le "patriotisme" ou les "valeurs traditionnelles" n'est qu'une aimable plaisanterie électorale (que seuls les universitaires de gauche sont encore capables de prendre au sérieux)."


Jean-Claude Michéa, Le complexe d'Orphée, Climats, 2011, pp. 110-111

lundi 31 janvier 2011

Sacrifices considérables


"Les masses suivront la propagande, qui les met en rapport technique avec le droit et la morale. Le Waldganger [traduit dans les éditions françaises par « Rebelle ». Mot trop niaisement connoté aujourd’hui pour que nous consentions à l’utiliser, NDP] n’en fera rien. Dure décision, qu’il lui faut pourtant adopter : se réserver en tout temps l’examen de ce pour quoi l’on requiert son acquiescement ou sa participation. Les sacrifices seront considérables. Mais il s’y attache un gain immédiat de souveraineté. Il est vrai qu’au point ou nous en sommes, ce gain ne sera ressenti comme tel que par très peu d’esprits. Pourtant, le règne ne pourra venir que de ceux en qui s’est préservée la science des structures originelles de l’humain, et qu’aucune supériorité matérielle ne fera renoncer à agir en hommes."

Ernst Jünger, Le traité du Rebelle ou le recours aux forêts, Christian Bourgois, 1995, p. 124 .

vendredi 28 janvier 2011

Etonnant voyageur


"Où que j'aille (car parfois, moi aussi, je déambule), ce qui m'intéresse, c'est la halte (...). A ce compte la terre est grande, et si l'on prétend devant moi que nos moyens mécaniques l'ont rapetissée, je réponds que mon art de vivre développe les proportions du monde qui m'est proposé bien au-delà des sauts de puce de tous les appareils des compagnies aériennes les plus modernes, et même des fusées."


Jean Giono, Les terrasses de l'île d'Elbe, Gallimard, 1976, p. 28-29 .

Suivez mon regard ...


"L’interpénétration croissante de la fiction, du journalisme et de l’autobiographie montre de façon indéniable que de nombreux écrivains parviennent de plus en plus malaisément à atteindre le détachement indispensable à l’art. Au lieu de travailler leurs souvenirs, un grand nombre d'écrivains estime que la mise à découvert de leur personnalité suffira à intéresser le lecteur, faisant appel ainsi, non à sa compréhension, mais à sa curiosité lubrique concernant la vie privée des gens célèbres."

Christopher Lasch, La culture du narcissicisme, op. cit. , p. 46 . Nous soulignons.

L'homme psychologique


"Assailli par l'anxiété, la dépression, un mécontentement vague et un sentiment de vide intérieur, «l'homme psychologique» du XXe siècle ne cherche vraiment ni son propre développement ni une transcendance spirituelle, mais la paix de l'esprit, dans des conditions de plus en plus défavorables. Ses principaux alliés, dans sa lutte pour atteindre un équilibre personnel, ne sont ni les prêtres, ni les apôtres de l'autonomie, ni des modèles de réussite de type capitaines d'industrie; ce sont les thérapeutes. Il se tourne vers ces derniers dans l'espoir de parvenir à cet équivalent moderne du salut: «la santé mentale». La thérapie s'est établie comme le successeur de l'individualisme farouche et de la religion; ce qui ne signifie pas que le «triomphe de la thérapeutique» soit devenue une nouvelle religion en soi. De fait, la thérapie constitue une antireligion, non pas parce qu'elle s'attache aux explications rationnelles ou aux méthodes scientifiques de guérison, comme ses praticiens voudraient nous le faire croire, mais bien parce que la société moderne «n'a pas d'avenir», et ne prête donc aucune attention à ce qui ne relève pas de ses besoins immédiats. Même lorsque les thérapeutes parlent de la nécessité de «l'amour» et de «la signification» ou du «sens», ils ne définissent ces notions qu'en termes de satisfaction des besoins affectifs du malade. Il leur vient à peine à l'esprit - étant donné la nature de l'acte thérapeutique, pourquoi y penseraient-ils? - d'encourager le client à subordonner ses besoins et ses intérêts à ceux d'autrui, à quelqu'un, à quelque cause ou tradition extérieure à son cher moi. «L'amour», en tant que sacrifice de soi ou humilité, et «la signification», ou le «sens» en tant que soumission à une loyauté plus haute, voilà des sublimations qui apparaissent à la sensibilité thérapeutique comme une oppression intolérable, une offense au bon sens et un danger à la santé et au bien-être de l'individu. Libérer l'humanité de notions aussi attardées que l'amour et le devoir, telle est la mission des thérapies postfreudiennes, et particulièrement de leurs disciples et vulgarisateurs, pour qui santé mentale signifie suppression des inhibitions et gratification immédiate des pulsions."


Christopher Lasch, La culture du narcissisme, Flammarion, 2006, p. 40-41 .

dimanche 23 janvier 2011

Mignonne, allons voir ...



"Les ados aiment se balader dans les centres commerciaux. On se dirige vers le plaisir d'acheter, le besoin de convivialité, dans un environnement sécurisé. Odysseum c'est le nouveau quartier de la rencontre, de la jeunesse et de la consommation moderne".


A propos du quartier "Odysseum" à Montpellier, Gazette de Montpellier, 26/11/1999 . Cité par Jean-Claude Michéa, "Pour en finir avec le XXIème siècle", in Christopher Lasch, La culture du narcissisme, Flammarion 2006, p 17, note 14 .

lundi 17 janvier 2011

Le sang païen revient


L'honnête homme, pour croiser sans trop de remous dans la modernité moderne, aura toujours sur lui un exemplaire d'Une saison en enfer. Pour démultiplier les propriétés de l'ouvrage, en rendre plus puissants les effets, il apprendra par coeur quelques passages, de sorte qu'il puisse soutenir une conversation entière en ne faisant que citer son livre de poche. On lui demande l'heure ? Il répondra que les vins vont aux plages et comprenne qui peut.
Qu'il n'hésite pas par ailleurs à se procurer un revolver, au cas où.

Mais trêve de glose savante :

Me voici sur une plage armoricaine. Que les villes s'allument dans le soir. Ma journée est faite ; je quitte l'Europe. L'air marin brûlera mes poumons ; les climats perdus me tanneront. Nager, broyer l'herbe, chasser, fumer surtout ; boire des liqueurs fortes comme du métal bouillant, - comme faisaient ces chers ancêtres autour des feux.
Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l'oeil furieux : sur mon masque, on me jugera d'une race forte. J'aurai de l'or : je serai oisif et brutal. Les femmes soignent ces féroces infirmes retour des pays chauds. Je serai mêlé aux affaires politiques. Sauvé.
Maintenant je suis maudit, j'ai horreur de la patrie. Le meilleur, c'est un sommeil bien ivre, sur la grève.


Arthur Rimbaud, "Mauvais sang", in Une saison en enfer, Flammarion, 1989, p. 109 .

dimanche 9 janvier 2011

Préhistoire des créa-culs


Ou pourquoi (et à quel point) Christophe Barbier est un pâle haricot-vert.

L'honnête homme démissionnera de son ridicule emploi chez Moltonel, s'inscrira au chômage et se consacrera à temps complet à la littérature de Georges Perec. L'extrait ci-après, sans contredit, devrait suffire à l'y pousser.

L'Express était sans doute l'hebdomadaire dont ils faisaient le plus grand cas. Ils ne l'aimaient guère, à vrai dire, mais ils l'achetaient, ou, en tout cas, l'empruntant chez l'un ou chez l'autre, le lisaient régulièrement, et même, ils l'avouaient, ils en conservaient fréquemment de vieux numéros. Il leur arrivait plus que souvent de n'être pas d'accord avec sa ligne politique (un jour de saine colère, ils avaient écrit un court pamphlet sur "le style du Lieutenant") et ils préféraient de loin les analyses du Monde, auquel ils étaient unanimement fidèles, ou même les prises de position de Libération, qu'ils avaient tendance à trouver sympathique. Mais l'Express, et lui seul, correspondait à leur art de vivre ; ils retrouvaient en lui, chaque semaine, même s'ils pouvaient à bon droit les juger travesties et dénaturées, les préoccupations les plus courantes de leur vie de tous les jours.


Georges Perec, Les choses, Julliard, 1965, p. 45 .

jeudi 9 décembre 2010

Joyeuses fêtes


"Il rentra chez lui un peu avant onze heures pour réveillonner avec du pain et une poignée de figues sèches. Il était d'une très sombre humeur. Depuis longtemps déjà, il affectait de rentrer tôt dans cette nuit où le troupeau avait licence de noctambuler. Il détestait ce piétinement grégaire, ces chansons d'ivrognes ou ces dégoisades de mauvais opéra qui souillaient les ténèbres, et l'hypocrite obscénité de ces ripailles universelles, de ces saoulographies, de ces pinographies que la chafouine Eglise était bien contrainte de tolérer, puisqu'il ne restait plus rien, hors cette ordure, pour rappeler ici-bas la naissance d'un Dieu.
- Scheisse ! Vraiment la seule nuit de l'année où il convienne de se coucher de bonne heure. Il devrait être interdit de fêter Noël, passé douze ans."


Lucien Rebatet, Les deux étendards, Gallimard, 1951, p. 805 .

lundi 6 décembre 2010

En vacances


"Une salle à manger de petit hôtel montagnard, après deux mois de saison, justifie à merveille la zoologie unanimiste de Jules Romain. Jamais on ne se sent plus étranger que lorsqu'on pénètre ainsi à l'improviste dans une petite communauté qui demain se défera, mais est devenue pour quelques semaines étroitement solidaire dans sa lutte contre le même ennui. Michel avait flairé dès la porte une de ses bêtes noires, le bourgeois en vacances. Quand l'univers est à découvrir, quand il y a l'Espagne, le Spitzberg, la Grèce, quand les fresques d'Italie et les aurores boréales sont à la portée d'un étudiant économe, ce bestiau vient s'entasser pendant deux mois entre les mules et les vaches d'un hameau perdu, sans même y être contraint par l'état de ses poumons, par simple absence d'imagination. (...)"


Lucien Rebatet, Les deux étendards, Gallimard, 1951, p. 581 .

mercredi 1 décembre 2010

Chopin le viril


"(...) Il faut être un snob recuit ou un organiste hongre (...) pour ne pas mettre Chopin dans la plus grande famille. Il a résisté à tout, aux institutrices de pensionnats, aux fausses notes de petites filles dans les quartiers aisés, aux quadragénaires adultères qui en repaissent leurs ardeurs dans les mélos de feu Bataille. Que la phtisie trop romantique et les feuilletons ne vous empêchent surtout pas d'aimer Chopin. Il est délicat, il est gracieux. Mais n'oubliez jamais qu'il est viril aussi. Pensez aux mazurkas, les taches rouges et blanches des courtes jupes qui volent, les menus pieds de jeunes filles qui frappent la cadence dans les petites bottes, et ces cambrures sur lesquelles on voudrait passer la main. Rien de plus féminin. Et pourtant cela est bien vu par un homme. C'est entendu, il y a des bacilles de Koch dans son art. Mais ils ont mis la suprême touche à son génie. Et quel pur classique ! Tous les Latins sont des bavards auprès de ce Lorrain né dans les steppes. Ses idées sont d'autant plus ravissantes qu'il n'y insiste jamais. Elles passent comme d'adorables femmes qu'on ne reverra pas. Il faudrait interdire qu'on jouât Chopin pendant vingt années, pour qu'on pût rêver à lui, et le retrouver avec un coeur tout neuf. Ce serait une pensée digne de ce maître de tous les raffinements."


Lucien Rebatet, Les deux Étendards, Gallimard, 1951, p. 354

samedi 27 novembre 2010

On n'est pas sérieux ...


" (...) Peut-être avait-il en poche le passeport redoutable pour "la patrie de l'ombre et des tourbillons". On a été un garçon pareil à tant d'autres, qui a lu Hugo, Lamartine, Baudelaire. On a aimé, rêvé beaucoup, veillé davantage encore, en s'écoutant vivre, on s'est éloigné pas à pas du monde familier, quiet, cloisonné, raisonnable, et un jour on a franchi les limites invisibles de ce monde. On s'enterre dans un taudis de la rue Vivienne, on se noie de café, d'absinthe. Toute vertu est une amarre qu'il faut couper. On ne sait pas qu'on a reçu l'ordre de se tuer, mais on l'exécute, en écrivant Maldoror ou la Saison en Enfer. On meurt à vingt-trois ans, votre cadavre est découvert dans une chambre sale par la concièrge qui seule savait votre nom : Lautréamont."


Lucien Rebatet, Les deux Etendards, Gallimard, 1951, p. 196

mercredi 17 novembre 2010

André Gide la couille molle


" (...) En passant à Lyon, pour les vacances de Pâques, chez Flammarion, j'ai vu un article d'un zèbre qu'on ne connaît pas , un nommé André Gide. Je ne sais pas pourquoi j'ai lu ça. J'avais aperçu le nom de Baudelaire dedans. Le type dit : "Quand j'étais encore enfant, et que j'ai compris que je ne ressemblais pas aux autres, j'ai pleuré désespérément." Eh bien, ce type est une couille molle. Moi aussi, j'ai compris la même chose que lui. Mais je te garantis que je ne pleure pas. Ah ! non de foutre, non ! Je ne ressemble pas aux autres, et toi non plus, parce que nous ne sommes pas de la même espèce. Et la grande espèce, c'est la nôtre. Seulement nous sommes peut-être cent pour un million de culs."


Lucien Rebatet, Les deux étendards, Gallimard, 1951, p. 19

vendredi 5 novembre 2010

Mishima Yukio


L'honnête homme ira de ce pas se renseigner sur la vie chevaleresque de l'ami Mishima. Il pourra ensuite, par exemple, se tourner vers des textes comme Ken (dans Pélerinage aux trois montagnes, Gallimard, 1998) ou La lionne (dans Une matinée d'amour pur, Gallimard, 2005) pour un bref aperçu.

lundi 25 octobre 2010

Au choix


"Enfin, pendant un été où il n'avait pu se baigner, ni demeurer longtemps au grand air, il avait vu en pleine lumière les caractères véritables de la vie des drogués : elle est rangée, casanière, pantouflarde. Une petite existence de rentiers qui, les rideaux tirés, fuient aventures et difficultés. Un train-train de vieilles filles, unies dans une commune dévotion, chastes, aigres, papoteuses, et qui se détournent avec scandale quand on dit du mal de leur religion."

Pierre Drieu la Rochelle, Le feu follet, Gallimard, 2009, p.47.

"Dubourg était devenu égyptologue depuis peu, en même temps qu'il s'était marié. Alain avait vu, non sans ironie, se pacifier l'ancien compagnon de ses ivrogneries. Quelle défaite avait-il cherché dans ces papyrus ? Que faisait-il d'une femme et de deux filles ? Qu'était-ce que cette solitude encombrée ?"

Idem, p. 75.