lundi 9 août 2010

Suivez mon regard ...


J'ai compris illico presto, et d’un ! avant tout ! que « jouer le jeu », c'était passer à la Radio… toutes affaires cessantes !… d'aller y bafouiller ! tant pis ! n'importe quoi !… mais d'y faire bien épeler son nom cent fois ! mille fois !… que vous soyez le « savon grosses bulles »… ou le « rasoir sans lame Gatoulliat »… ou « l’écrivain génial Illisy » !… la même sauce ! le même procédé ! et sitôt sorti du micro vous vous faites filmer ! en détail ! filmer votre petite enfance, votre puberté, votre âge mûr, vos moindres avatars… et terminé le film, téléphone !… que tous les journalistes rappliquent !… vous leur expliquez alors pourquoi vous vous êtes fait filmer votre petite enfance, votre puberté, votre àge mûr… qu'ils impriment tout ça, gentiment, puis qu'ils vous rephotographient ! et encore !… et que ça repasse dans cent journaux !… encore !… et encore !…


L.F. Céline, Entretiens avec le Professeur Y, Gallimard, 1955, p. 12

samedi 24 juillet 2010

Symétrie axiale


Une solution beaucoup plus simple est, évidemment, d'adopter la posture schizophrénique de la droite traditionnelle qui, selon le mot du critique américain Russel Jacoby, « vénère le marché tout en maudissant la culture qu'il engendre » (et dont le pendant idéologique exact est cette gauche contemporaine qui n'affirme combattre la logique du Marché – de moins en moins, il est vrai – que pour se prosterner avec enthousiasme devant la culture qu'il engendre).


Jean-Claude Michéa, L'Empire du moindre mal, Climats, 2007, p. 134

mercredi 21 juillet 2010

Une effrayante clameur d'une centaine de voix


"Il se souvint qu’une fois, alors qu’il descendait une rue bondée de gens, une effrayante clameur d’une centaine de voix, des voix de femmes, avait éclaté un peu plus loin, dans une rue transversale. C’était un formidable cri de colère et de désespoir, un « Oh-o-o-oh ! » profond et retentissant dont l’écho se prolongeait comme le son d’une cloche. Son cœur avait bondi. « On a commencé avait-il pensé. Une émeute ! À la fin, les prolétaires brisent leurs chaînes. »

Quand il arriva à l’endroit du vacarme, ce fut pour voir une cohue de deux ou trois cents femmes pressées autour des étals d’un marché en plein air. Elles avaient des visages aussi tragiques que si elles avaient été les passagers condamnés d’un bateau en train de sombrer. Mais à ce moment, le désespoir général se brisa en une multitude de querelles individuelles. Il apparut qu’à un des étals on vendait des casseroles de fer-blanc. C’était une camelote misérable, mais les ustensiles de cuisine étaient toujours difficiles à obtenir. Le stock s’était brusquement épuisé. Les femmes qui avaient réussi à en avoir, poussées et bousculées par les autres, essayaient de se retirer avec leurs casseroles, tandis que des douzaines d’autres criaient autour de l’étal, accusaient le vendeur de favoritisme et prétendaient qu’il avait des casseroles en réserve quelque part.

Il y eut une nouvelle explosion de glapissements. Deux femmes énormes, dont l’une avait les cheveux défaits, s’étaient emparées de la même casserole et essayaient de se l’arracher l’une l’autre des mains. Elles tirèrent violemment toutes deux un moment, puis le manche se détacha : Winston les regarda avec dégoût. "


George Orwell, 1984, Gallimard, 1991, p. 103

lundi 14 juin 2010

Marmite et drapeau noir



L'honnête homme ira toutes affaires cessantes consulter le lien électronique ci-dessous.

Il y trouvera en intégralité un film de la plus haute volée, Le drapeau noir flotte sur la marmite, de Michel Audiard et René Fallet, avec Jean Gabin et Claude Piéplu, musique de Georges Brassens, adapté du roman de René Fallet Il était un petit navire (Denoël, 1962).

On notera l'absence absolue de fausse note, le génie tranquille de Gabin, les truculents dialogues d'Audiard, la verve pré-poelvoordienne de Piéplu.

C'est ici :

http://www.film-stream.line55.net/Le-Drapeau-noir-flotte-sur-la-marmite-streaming-12728.html

mardi 1 juin 2010

Orwell, à plus forte raison ...



Ou comment, à tout bien considérer, on sucre au bon peuple ses rêves de Belle Equipe pour les remplacer par les zigouigouis criards qu'on sait. Loin de nous bien sûr l'idée de conférer au rappeur ringard qui nous sert de président la dimension d'un César, mais tout de même ...

"Toute l'année les animaux trimèrent comme des esclaves. Ils en étaient heureux ; ne rechignant devant aucun effort ni sacrifice, sachant que tout le mal qu'ils se donnaient leur profiterait à eux-mêmes ou a défaut à leurs pareils qui viendraient après eux, non à une bande de fripons adonnés au vol et à l'oisiveté.
Du début du printemps au terme de l'été ils travaillèrent soixante heures par semaine. En août César leur annonça qu'ils travailleraient aussi l'après-midi du dimanche. Travail à proprement parler volontaire, mais il était bien entendu que tout animal qui s'en absenterait verrait ses rations diminuées de moitié."


George Orwell, La République des Animaux, trad. A. Simon, Gallimard, 1964, p. 68. Nous soulignons.

On concluera comme de juste en image et en musique :


mardi 18 mai 2010

Peut-être


Peut-être existait-il des époux et des pères de famille à qui la fidélité ne faisait pas perdre le sens de la volupté. Peut-être y avait-il des sédentaires dont le coeur ne se desséchait pas faute de liberté et de danger. Il se pouvait. Il n'en avait encore vu aucun.


Hermann Hesse, Narcisse et Goldmund, trad. Fernand Delmas, Calmann-Lévy, 1974, p. 304 .