lundi 28 février 2011

Un recours aux forêts


Quelle amère promesse, en fin de compte, sous la fausse alternative qui toujours revient sur la table. Je parle du choix du jour ou celui de la nuit.

Le jour : du chiffre et des costumes, des conversations de pharmaciennes, le chien-chien à mémé. Des embouteillages, des supermarchés bondés, des joggers bio, des cours de communication dans des écoles privées. Et le papotage idiot des mamans à la sortie des écoles. Voire, si besoin, les horripilants prénoms des enfants nouveaux.

La nuit : autre chose, en théorie. En théorie des boissons fortes, des couleurs mêlées, Toulouse Lautrec ! Des lilas accrochés jusque sous nos fenêtres. Mais en vérité ... Chaque fois, attiré par les lueurs et le bruit du centre-ville, qu'on a à se glisser parmi la foule de nuit, le constat est le même. On croirait la cité peuplée de managers de chez Domino's Pizza. Et de bruyantes poufiasses ! Des commerciaux assoiffés d'Amérique, des étudiants assoiffés d'être des commerciaux, viennent chaque fin de semaine s'exhiber de concert.

Et les enceintes des bars crachent, de plus en plus forte, la musique des publicités.

Que fait-on là ?

La liesse est triste, à vrai dire, et très vite, on rêve de voir tout le monde en prison.

Le jour, la nuit. Le jour, il faudrait profiter de ce que les gens s'affairent pour filer à la plage. La nuit, il faudrait organiser des banquets chez soi, ou se réfugier dans des rades de faubourg. Avec flippers et baby-foot. Et autorisation tacite de tabager. Car plus personne, dans le tohu-bohu crispé des établissements à la mode, ne tabage plus guère. Tout le monde n'y fait que transpirer et s'y toiser d'un oeil supérieur.

Ou alors, il faudrait recourir aux parcs et forêts. Une bouteille coûte moins cher en magasin qu'au Remorqueur, et pénétrer de nuit dans le parc de Procès pour la boire au clair de lune vaut combien plus que la palabre bruyante des imbéciles en chemises.

Les dandies sont des clowns, la nuit-canaille, les bars-artistes, des mythes pour touristes japonais. Les boîtes de nuit, le pendant nocturne des grandes surfaces.

Une ivresse réussie ne peut s'accommoder d'un pareil placo-plâtre.

En vérité, il faut une fine guitare, des vagues ou le bruissement des feuilles. En vérité, il faut savoir prendre l'air.

Photo : Brassaï