Sympathiser avec un pigeon est un art délicat. Il convient d'apprivoiser l'oiseau avec patience, d'en comprendre les subtils états d'âme. Mais une fois la glace brisée, et rompue la barrière des cultures, vous voilà sans conteste doté d'un ami d'exception.
Ainsi de Rouplouplou, plus intelligent qui plus est que la moyenne. Plus cultivé, aussi, sans doute.
J'ai pu remarquer par exemple qu'il déféquait inlassablement devant l'enseigne Domino's Pizza qui jouxte mon logis. Et je ne saurais croire à quelconque hasard. Rouplouplou, qui vient pluriquotidiennement se nourrir chez moi de pain frais et de croissants au beurre, semble avoir développé des qualités d'esthète.
Il sait ce qu'il se passe, ce qu'il se vend, ce qu'il se dit dans ces temples du stupre californien, et il sait ce que moi-même j'en pense. Alors, il passe à l'attaque.
Qu'on considère bien que ma gouttière, où il vient se nourrir des mets artisanaux et séculaires qu'on a dit, est intacte de tout excrément. Et que les vendeurs d'hémorroïdes d'en face font seuls les frais de son coléreux transit.
Mais comment pourrait-il ne pas en être ainsi ? Qui connaît mieux le vice qui corrompt la cité moderne que celui qui la voit de si haut ? Que notre petit compagnon enseigne à ses congénère tout ce qu'il a compris, et nous ne serons pas loin d'une grande révolution.
En attendant, j'espère le jour où l'offrande de Rouplouplou tombera tout droit sur la pizza du petit Kylian et de sa grosse maman. Ce serait une délivrance.
