Nous étions le 14 février. Ce qui signifie, le lecteur averti aura deviné, que Christian avait invité Mélanie à dîner dans quelque restaurant à la mode du Hangar à Bananes. Avec assiettes carrées, cuisine minimaliste, musique lounge et couverts designs. L'illusion, à cinquante cinq euros cinquante, d'être parfaitement de la hype. Christian avait bien sûr mis sa belle chemise blanche et Mélanie sa robe de péripatétitienne. Ils avaient comme de juste plongé dans le langoureux souvenir de leur rencontre, il y avait huit ans déjà, dans une boîte de nuit des Sables d'Olonne. Et Mélanie avait-elle malicieusement évoqué la fellation de rigueur qu'elle avait alors prodigué à Christian sans trop se faire prier, dans le toilettes de l'établissement de nuit.
Mais trêve de bavardages ! L'heure fut très vite aux cadeaux.
Mélanie à Christian : deux mugs (chacun le sien) avec dessus la photo du couple. Et puis surtout : une séance à cent cinquante neuf euros de shooting photo, où tous les deux, pour un délicieux quart d'heure, allaient pouvoir jouer les stars d'un soir.
Christian à Mélanie : un livre psycho-cul, un flacon de Fuel for Life.
Ce soir, à coup sûr, Mélanie sucerait Christian, Christian enculerait Mélanie. Et le lendemain, chacun irait raconter tout cela en filigrane sur Facebook. Il y avait peut-être là de quoi rendre une ex jalouse, ou faire bander comme un taureau le directeur d'agence.
Oui : Christian ne l'avait pas dit à Mélanie, mais il avait dernièrement renoué avec une ancienne copine de classe. Et Mélanie n'avait rien dit à Christian, mais son directeur d'agence taggait asiduement le mur de son profil pro de commentaires coquins.
Vous l'ignoriez ? Dans la froideur des cités électriques, Cupidon laisse traîner ses flêches un peu partout. Et Dieu sait si le Hangar à Bananes et les parkings des boîtes de nuit sont jonchés de flaques de pisse.
Photo : Brassaï
