jeudi 3 février 2011

La vie de château


Nous y étions : ils avaient englouti assez de liqueurs et de vins pour que cessent les sueurs froides.

Attablés à la meilleure table (ils s'étaient renseignés) de la ville balnéaire, ils avaient fait donner la bière, les poissons, les viandes blanches, les coquillages, le bon pain, les vins d'Alsace, le fromage de chèvre et la mousse au chocolat. Deux cognacs - de chez Giffard, s'il y avait - et tout serait parfait.

Dehors, le vent tellement froid que brûlant avait dispersé les derniers promeneurs, avalé les sourdes voitures, noyé les rares bateaux. Ne restaient plus que la mer et les mouettes hilares, ce qui permit au personnage principal de cette histoire d'affirmer :

- Il n'y a pas à dire, la mer hors-saison, il n'y a que ça de vrai.

Et de fait, à l'heure qu'il était, il ne semblait y avoir plus que ça. On recommanda alors par dessus les cafés deux autres cognacs et l'on se prépara.

D'un mouvement leste (et pour tout dire élégant) nos deux héros oublièrent l'addition, se ruèrent très soudainement vers la porte, empruntèrent le petit sentier repéré avant le déjeuner, dévalèrent à perdre haleine le Chemin des douaniers, avant que de s'engouffrer enfin dans un mystérieux véhicule italien, stratégiquement garé sur un parking secret.

Il fallait maintenant éviter les contrôles alcoolémiques pour que le tour fût tout à fait joué.

Tout vient à point, bien sûr, à qui apprend où cueillir quels fruits.

Photo : Jacques-Henri Lartigue ©