mardi 15 février 2011

La balançoire



Depuis que sa mère n'allait plus très fort, Bernard était bien obligé de s'en occuper. Il était venu en avion, plus cher mais aussi plus commode, et s'était pour une fois décidé à ne pas descendre à l'hôtel. Après tout, cela faisait longtemps qu'il n'avait pas dormi dans la maison de sa mère.

A la fenêtre, il fuma une cigarette en regardant le jardin. C'était drôle de penser que cette fois, pour de bon, elle ne l'avait plus du tout reconnu. Déjà le mois dernier ... Mais là non, plus le moindre souvenir, elle l'appelait Joseph, voire Marie-Thérèse, et semblait tout à fait ailleurs, définitivement. Du moins s'occupait-on bien d'elle dans sa maison de repos, c'était toujours ça de pris.

Bernard regardait sa bonne vieille balançoire. C'était bientôt ses quarante-deux ans et pourtant, tout revenait très vite. Tout : les matins d'été, les après-midi de plage, la voiture de son père, les virées à vélo, la mobylette de son frère. La sécurité du jardin, les jours infinis, les sourires de sa mère. Les chats et les chiens.

De hautes herbes, maintenant, recouvraient tout, et de la rouille mangeait la balançoire. Les arbres s'étaient courbés, les vieux outils mourraient dans le garage.

Il se demandait bien ce qu'il avait fait de sa vie. Son père, son frère, sa mère, la balançoire, il n'y avait plus rien.

C'est qu'en fin de compte la roue tourne vite.