lundi 17 janvier 2011

Hallucinogènes



Nos archivistes ont retrouvé ce matin un document d'une rare saveur. Un batracien gonflable y pérore, dans Libération s'il vous plaît, sur Amélie Poulain, film "rétro", donc nostalgique, donc réactionnaire, donc fasciste. La méduse morte flotte dans l'eau, monsieur Kaganski flotte dans l'eau, donc monsieur Kaganski est une méduse morte. La preuve :

"(...) Si on regarde le film un peu attentivement, qu'y voit-on? Un Paris des années 30, 50, sorti d'un film de Carné/Prévert. Amélie Poulain braille à tout bout de champ/contrechamp: c'était mieux avant! Et alors qu'une oeuvre d'art se doit d'affronter le présent voire le proche futur, Jeunet dirige son regard en arrière toute.
(...)
Nul besoin d'être agrégé de sociologie et d'histoire pour savoir que l'idéologie du village est profondément réactionnaire, qu'elle implique plus ou moins consciemment la peur de la modernité, du changement, des mouvements du monde et du brassage de populations. La vision de Jeunet sur ce dernier point précis constitue l'aspect le plus inquiétant de son film."


Une méduse morte perfusée tout de même à un puissant euphorisant qui la fait bondir sur son matelas en visionnant Amélie Poulain en boucle. "Pas bien, y a un gars qui fume dans le rétro", nous disait Laspalès dans Le pari. Kaganski nous dit à peu près la même chose : à l'heure où tout le monde s'extasiait devant l'Amélie, lui n'était pas dupe, il y descellait les pires bruits de bottes. Pensez donc, de la nostalgie ! Peut-on faire plus nazi que la nostalgie ? On aimerait lui expliquer qu'il fut possible, ainsi Hermann Hesse, d'avoir "peur de la modernité" et de vomir le nazisme. Cependant, au reste, qu'il fut aussi possible, ainsi Lucien Rebatet, de dîner à Saint-Germain, d'avoir foi dans le monde moderne, la technique, et d'être au demeurant un fasciste tout ce qu'il y a de plus vrai.

Mais allez expliquer cela à un type en pleine bouffée délirante. C'est un coup à se faire mordre.

Les plus gourmands iront consulter le texte intégral ici :

http://www.liberation.fr/tribune/0101375722-amelie-pas-jolie